Actualité du design en Chine : portraits de designers chinois et occidentaux basés en Chine, événements, adresses d’agences de design… 中国设计时事: 中国及久居中国的西方设计师,相关事件,设计公司地址…

13 septembre 2007    Art contemporain   

Le projet d’antenne du Centre Pompidou à Shanghaï se heurte aux réalités chinoises

centre-pompidou-a-paris.jpg


Article paru dans le Monde du 12 septembre 2007 :

L’ouverture d’une antenne du Centre Pompidou à Shanghai était annoncée par l’établissement parisien pour 2010. Aujourd’hui, Alain Seban, le président du Centre, n’avance plus de date : le dossier s’avère bien plus complexe que prévu. En juin, alors que M. Seban prévoit de se rendre à Shanghaï, l’ambassade de Chine à Paris aurait fait comprendre qu’un tel voyage n’était pas opportun. “Faux, répond M. Seban, si je ne suis pas allé en Chine, c’est pour une autre raison.” Toujours est-il que c’est Bruno Maquart, alors directeur général, qui s’y rend.

En Chine, un connaisseur du dossier résume ainsi le problème : “Les Chinois disent : si c’est un projet commercial, il n’y pas de problème. Si c’est un projet culturel, c’est beaucoup plus compliqué.” Or c’est bien un “projet culturel” que le Centre Pompidou veut implanter. Mais les lois chinoises ne prévoient pas qu’une institution culturelle étrangère, qui plus est publique, puisse être créée sur son territoire. Cet obstacle n’avait pas empêché l’ouverture par la France, à Pékin en 2004, du premier centre culturel étranger. Mais cette législation est aujourd’hui mise en avant par Pékin, qui ne semble pas prêt à donner le feu vert au projet.

La chronique de ce casse-tête franco-chinois est semée de quiproquos. Il y a un fossé entre l’image projetée par une ville comme Shanghaï et la réalité de la politique culturelle locale et chinoise.

DES LUTTES INTESTINES

A l’origine, le Centre Pompidou croit trouver un partenaire de choix dans l’arrondissement de Luwan, qui regroupe une partie de l’ancienne concession française en plein centre de Shanghaï. Sa direction, “éclairée”, souhaite damer le pion à l’arrondissement voisin, où sont implantés la plupart des musées. Un site est identifié, celui d’une ancienne prison française.

Toute une partie de l’arrondissement doit être redéveloppé en association avec le groupe hongkongais Shui On, principal acteur immobilier de l’arrondissement, où il a déjà créé Xintiandi, un prestigieux complexe de boutiques conçu dans une architecture traditionnelle. La municipalité apporterait le terrain, Shui On serait l’investisseur privé - le Centre Pompidou apportant son nom, son savoir-faire et ses collections.

Fin octobre 2006, lors de la visite en Chine du ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres, une conférence de presse est organisée à Shanghaï pour annoncer le projet. Mais l’exercice est peu apprécié par l’arrondissement de Luwan qui regrette cette publicité. Et pour cause : il lui faut d’abord convaincre la ville, mais surtout le gouvernement central chinois, dont l’aval est nécessaire.

En outre, Shanghaï est au coeur de la plus importante purge de ces dix dernières années : Chen Liangyu, le numéro un de la ville, vient d’être arrêté. L’immobilier est dans l’oeil du cyclone, et Shui On fait partie des groupes accusés d’avoir puisé dans les fonds de pension de la ville. Vincent Lo, son président, est un proche d’Han Zheng, le maire de Shanghaï, et ancien chef de l’arrondissement de Luwan.

Rallié au président de la République Hu Jintao, Han Zheng semble être parvenu à sauver sa peau dans le jeu des luttes intestines au parti. Depuis, les opérations immobilières ont recommencé à battre des records à Shanghaï. “Mais il faut bien voir l’ampleur du séisme à Shanghaï. Aucun dossier d’importance ne pouvait bouger jusqu’au 17e congrès du parti”, dit un observateur. Prévu pour le 15 octobre, cet événement, qui a lieu tous les cinq ans, doit entériner la nouvelle donne politique voulue par Hu Jintao. Tout dépendra aussi de l’importance que donne au dossier Nicolas Sarkozy, dont la visite en Chine est programmée pour mi-novembre.

DISCUSSION AVEC PÉKIN

M. Seban compte toujours ouvrir en Chine “un Centre Pompidou bis, portant notre nom, et qui ne nous coûte pas d’argent”. Mais, prenant acte de la nouvelle donne locale, ce n’est plus avec l’arrondissement de Luwan, mais avec le gouvernement central à Pékin que les discussions ont repris. “Cette remise à plat va prendre du temps”, avoue M. Seban. Un autre site, voire une autre ville seraient étudiés. Pékin pourrait aussi demander au Centre de s’impliquer financièrement, ce que M. Seban refuse.

Cette négociation intervient alors que d’autres musées occidentaux veulent s’installer en Chine. Pékin serait aussi en lice pour accueillir, à terme, un établissement étranger. Depuis février, le Guggenheim de New York étudie divers programmes de collaboration. Le British Museum a signé, lors de la visite du premier ministre Tony Blair, en 2005, un important accord avec le China National Museum portant sur un vaste programme de prêts d’oeuvres.

Hongkong reste aussi en piste. Le Centre Pompidou et le Guggenheim, liés au promoteur Dynamic Star, avaient tenté de s’y implanter. Le Musée d’Orsay et le Musée Guimet entendaient participer, aux côtés d’une dizaine d’autres institutions internationales, à l’offre d’un promoteur concurrent. Si le projet a été suspendu en 2006, il est dans l’attente d’une nouvelle formulation.


Brice Pedroletti avec Michel Guerrin
Source : Le Monde du 12 septembre 2007

Tags: Art contemporain

0 responses so far ↓

  • There are no comments yet...Kick things off by filling out the form below.

Leave a Comment